« Les chercheurs sont en pleine ébullition dans le domaine de l’hydrogène »

Thématique : Conversion – Hydrogène et gaz

Parution :02/04/2021

Christian Schaeffer, le directeur de l'Institut Carnot Energies du futur revient pour POC sur la dynamique partenariale en matière de décarbonation.

Le secteur de l’énergie est porté, cette année, par différentes initiatives qui visent à accélérer la décarbonation de notre mix énergétique. Le Carnot Énergies du futur, très implanté dans le bassin grenoblois, est en première ligne, même si ses ressources ne sont pas infinies.

Quels sont les domaines scientifiques d’excellence des laboratoires du Carnot ?

L’Institut Carnot Énergies du futur représente 1300 chercheurs, qui sont issus du secteur académique et des quatre départements du CEA Liten. Ils représentent donc un vaste panel de compétences. Le Carnot est positionné plus spécifiquement sur cinq domaines stratégiques : la production d’énergie renouvelable, le stockage et la conversion, les usages et la sobriété. Puis, sur deux thématiques transversales : les matériaux et les réseaux d’énergie. Le thème central, chez nous, c’est la décarbonation des usages de l’énergie.

À quels types d’équipements particuliers les industriels peuvent-ils avoir accès grâce à l’Institut ?

Nous disposons d’équipements pour des projets de TRL élevés, avec, notamment, les plateformes du CEA Liten. Les équipes peuvent, par exemple, créer des lignes de production qu’elles transfèrent ensuite aux industriels. Lors du salon Global Industrie, en 2019, nous avions présenté une borne de recharge intelligente. Côté académique, le laboratoire G2ELab gère la plateforme de pilotage des réseaux électriques Predis. L’institut a aussi accès à une seconde plateforme située à Chambéry au sein de l’Institut National de l’Energie Solaire (Ines). Nous travaillons actuellement à connecter ces plateformes, dans le cadre de projets de recherche. Ce projet est mené avec Enedis et RTE, permettra d’imaginer différents scénarios énergétiques. Les chercheurs sont actuellement en pleine ébullition dans le domaine de l’hydrogène, notamment les chercheurs du Lepmi et du CEA Liten. Ils travaillent sur de nombreux projets et disposent d’un environnement riche pour assurer l’accompagnement des innovations en cours.

Quel est le profil des entreprises que vous rencontrez ?

Nous travaillons beaucoup avec de grands groupes. Et aussi avec quelques entreprises plus spécifiques, comme la Compagnie nationale du Rhône (concessionnaire du Rhône, et premier producteur d’énergie renouvelable de France), ou Oscaro Lab, monté par un ancien membre du CEA, dans le domaine de la mobilité électrique. Il y a également des entreprises moins visibles du secteur de l’énergie, comme ECM. L’entreprise était un équipementier, spécialiste des fours de fusion pour produire du silicium, donc naturellement liée à STMicroelectronics. Aujourd’hui, ils se sont tournés vers la fabrication de cellules photovoltaïques.

L’Institut accompagne-t-il des start-up ?

La création de start-up fait partie de l’ADN grenoblois. Nous travaillons, notamment, avec la Satt Linksium. Je souligne également que le programme Out of Labs, s’adressant aux chercheurs qui souhaitent créer leur entreprise, est consacré à l’énergie cette année.

Que représentent les start-up dans votre activité ?

Entre 2011 et 2019, l’Institut Carnot Énergies du futur a contribué à la création de 24 start-up. Nous avons donné naissance à quelques beaux succès, comme McPhy energy, qui a développé une solution de stockage d’énergie, ou Symbio, positionnée sur le stockage de l’hydrogène. Nous travaillons sur le recyclage, avec Rosi Solar issue du laboratoire Simap, ou Recup’Terre issue de l’Institut Neel, et spécialisée sur la récupération de terres rares. Il faut aussi parler de la création de Genvia, qui est née à partir de travaux conduits depuis de nombreuses années au sein de l’Institut Carnot Énergies du futur. L’entreprise vient d’être créée avec Schlumberger, le CEA, Vinci et Vicat comme partenaires. Elle développe une technologie d’électrolyse à oxyde solide très prometteuse dans la fabrication d’hydrogène « vert ».

Genvia est-elle votre dernière success-story ?

Oui, comme précédemment Symbio et McPhy. Nous avons contribué à la naissance de ces projets. Carnot Énergies du futur contribue à initier ce type de projets, mais est très vite dépassé par les investisseurs qui s’engagent pour les développer et en faire des success-story. Quand le projet est mature et visible, nous devons partager la lumière avec les acteurs qui investissent des millions d’euros dans cette création. Une initiative similaire devrait voir le jour prochainement dans le domaine des batteries lithium-ion par Saft. Si la technologie lithium-ion peut être vue comme mature, elle demande encore des travaux de recherche pour perfectionner la gestion, le contrôle et la sécurité des packs batteries. Ces travaux sont en cours à la fois au G2E Lab et au Lepmi.

Une récente étude de l’association des Instituts Carnot a montré que les dirigeants d’entreprise avaient confiance dans la recherche publique, mais, paradoxalement, collaboraient peu avec elle. Est-ce que vous ressentez ces réticences ?

Les industriels sont, dans l’ensemble, sensibles à la recherche publique. Nous remontons pour notre part entre 35 et 40 millions de chiffre d’affaires à l’ANR chaque année, ce qui se traduit par un abondement de cinq à six millions d’euros. Sur les quatre dernières années, ces chiffres représentent environ 300 contrats industriels, donc presque autant d’entreprises partenaires. Nous ne pouvons pas faire beaucoup plus. Le goulot d’étranglement, ce sont les ressources humaines, avec des agendas déjà bien remplis.

La même étude montre qu’un quart des dirigeants seulement estime que la recherche publique peut représenter une solution pour surmonter la crise. Faites-vous le même constat dans votre réseau ?

Cette année, nous constatons un ralentissement de notre activité. Le volume d’activité global de l’Institut Carnot Énergies du futur sera en baisse, même si cette activité s’est mieux maintenue côté académique, avec des contrats de plus long terme, souvent liés à des doctorats.

L’institut Carnot dirige la filière EnergICs, composée de plusieurs Carnot liés à l’énergie. Quel bilan tirez-vous de ce regroupement ?

Cette structuration en filière nous a permis de renforcer notre démarche auprès des entreprises et, en particulier, d’embaucher des business developer. Mais nous n’avons pas atteint nos objectifs. En mutualisant les structures, les business developer devaient maîtriser un nombre d’expertises trop large. En revanche, cette structuration en filière nous a permis à la fois de réaliser un portfolio Experts avec la filière Extra&Co, de devenir l’interlocuteur du CSF « Nouveaux systèmes énergétiques » et d’esquisser les évolutions d’organisation avec le projet d’alliances au sein du réseau Carnot pour développer une organisation en secteur d’activités.

Profitez-vous du Plan de relance pour développer de nouveaux projets ?

Nous sommes, bien entendu, impliqués dans le Plan de relance. Après avoir été sollicités par l’AiCarnot, nous avons proposé de nous impliquer dans quatre stratégies l’accélération, sur les 15 qui nous ont été présentées : le recyclage, la décarbonation de l’industrie, la ville durable et la décarbonation de la mobilité. Nous espérons ainsi contribuer à la dynamique attendue dans ces domaines. Nous sommes aussi sollicités par nos tutelles pour contribuer aux remontées des sites sur ces stratégies d’accélérations.

Propos recueillis par Florent Detroy

Christian Schaeffer, directeur de l'Institut Carnot Energies du futur

 

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